NAST

Photography by Sophie Arancio

avril, 2009

Something New

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Faire peau neuve c’est à la fois tentant et effrayant.
Face à nous pourtant deux voies, rester immobile et reproduire, ou tenter, changer…
Vous serez tous d’accord, mieux vaut tenter, aller de l’avant comme on dit si bien, prendre des risques diront certains, en clair, “évoluer”.
Ce n’est pour autant pas si facile.
A bien regarder, j’ai comme l’impression que moi comme les autres suis souvent victime du manque d’audace, du manque d’envie, de l’excès de flemme, du “bof, ça ira bien”.
Alors bien sur, en pensant comme ça on se lève demain comme on s’est couché ce soir. 
Le temps défile, on fait aujourd’hui ce que l’on faisait hier, on croise untel et on salue le fleuriste comme chaque matin.
On se dit qu’il faudrait acheter un pull d’une couleur plus flashie, histoire de changer un peu de silhouette, qu’on pourrait se faire une frange ou porter les cheveux courts, passer un week end ou carrément déménager en province et pourtant, un jour plus tard, on dit encore bonjour au fleuriste.

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Pas de révolution donc, rares les révolutions.
Pas de posts sur ce blog disant que “j’arrête tout”, que “la mode au fond c’est du n’importe quoi, que ce n’est que du blabla et qu’on n’a rien compris”, “ouvrez les yeux, la vie ce n’est pas métro boulot blabla c’est la nature etc”, non pas de révolution, il n’y aura pas de virage à 180°!
Mais des petites envies, des petites pointes de “et comme ça?”, des galets jetés un par un dans le cours d’eau et sur eux, une marche un peu hasardeuse pour atteindre l’autre rive. 
On ne sait pas trop si cela va plaire, si l’on ne va pas tomber à l’eau ou si le courant ne va pas nous ramener d’où l’on vient, mais on la jette cette pierre.
Parfois avec conviction, avec du cœur, avec goût ou par envie simplement d’en jeter une de plus, une nouvelle, une “pas comme la précédente”, on ajoute une note à la portée, on revient sur la dernière et on y met un dièse et le tableau change de teinte.
Fébrile, hésitante, on ouvre alors sa boutique, comme un lundi, en sachant que durant l’absence on a déplacé les meubles, repeint les murs et on attend…

Home? Run!

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Faire la liste des achats pour le week end, penser au pique nique de dimanche, aller chercher les enfants à l’école, préparer la fête de ce soir et penser à faire un plan de table pour éviter à Jean et Marc de parler de politique.
Passer au pressing pour chercher ses chemises, payer la femme de ménage, appeler ma mère, reparler des vacances et éteindre la lumière.
Le jour se lève, inévitablement, avec le son de cette radio et le bruit de son rasoir.
Penser à ne pas écouter, laisser les enfants au lit et les emmener au parc cet après midi, appeler l’école pour prévenir de leur absence, pauvres trésors ils ont tous les deux 38 de fièvre.
Les confier à Marlène vers 16h et descendre l’avenue avec la carte bleue.
Passer à son bras les sacs griffés et prendre un thé avec une amie, penser à ce que cela serait si j’avais écouté il y a dix ans cette voix.
Souffle intérieur, chuchotement intime qui me disait que dans tout ce qui se dressait désormais face à moi, quelque chose clochait.
Pas de dressing enviable sans pièce convoitée, pas de lumière appréciable sans repos mérité, point de promenade reposante sans effort accompli, pas de plaisir sans indépendance.

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Penser à ne pas faire ce que ce rêve aux couleurs fifties m’a annoncé cette nuit. Me lever tôt et prendre mon café seule, en regardant le jour se lever au dehors.
Sortir avant lui et avant les autres d’ailleurs. Prendre mon vieil appareil photo et racheter une bobine comme disait mon grand père.
Prendre l’autobus en oubliant le métro, ne prendre qu’une photo, sur un coup de tête, pour un rayon, un sourire, pour une raison évidente qui m’échapperait.
Penser à oublier les enfants, le loyer, ne pas payer la femme de ménage qui n’existe pas et laisser les factures sur le meuble.
Tiens le 20ème arrondissement, tiens un café crème, tiens cet air que je n’ai pas sifflé depuis 10 ans. Tiens, ces mêmes quinze secondes que je mets à me rendre compte que je ne sais pas siffler.
Retrouver ma compagnie en laissant le monde sur répondeur.
Une personne, un s’il vous plaît, un clic clac, merci voici ma carte, je m’appelle Sophie Arancio, j’ai un blog dans lequel je publie des photos, vous y verrez la votre prochainement.
Bonne journée!

Self-portrait with a tie

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Je suis sorti du lit ce matin, à l’heure, comme chaque matin.
Réveil, soleil pâle à travers les rideaux, eau chaude, bruit d’oiseaux quand se tait la plomberie.
Je me suis rasé comme chaque matin, enfilé chemise, costume, puis cravate et j’ai rejoint le salon et le petit déjeuner.
La radio m’annonçait une température agréable, les toasts faisaient le bruit habituel, rassurant quant à la régularité de la cuisson de mon grille pain.
Le temps de lire le journal, quinze minutes puis du bruit, derrière moi. Impossible de lire convenablement mais que fais tu?
_ Je ne trouve pas ma paire de chaussures, celle que je viens d’acheter!

Elle ne trouve jamais ses chaussures, puis elle les trouve, dans le placard, avec toutes les chaussures.

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_ Pourquoi es tu aussi pressée, tu as l’air stressée?
_ Mais je te l’ai dit, je vais faire une photo.

Je n’ai pas voulu intégrer cette information malgré le nombre de fois où j’ai pu l’entendre. Je n’ai pas retenu la chose car faire une photo, de soi en plus, pour moi c’est étrange.
_ Je ne comprends pas pourquoi tu vas faire cette photo.
_ Je te l’ai dit cent fois. Je trouve ça bien d’être avec toutes les autres. En plus ça marque le début d’une nouvelle saison, je ne mets jamais de photo de moi…
_ Ben évidemment, c’est toi qui les prends!

Le rapport de cette envie de photo avec le changement de temps m’échappe encore. J’ai interrogé l’égo mais comme je l’attendais il n’a pas répondu, ce n’est pas là que l’affaire se situe. 
J’ai bu mon café, l’ai regardée sautiller entre les vingt paires de chaussures qu’elle avait disposées au milieu du couloir, et l’objectif de cette opération s’est encore évanoui.

_ Je ne vois pas l’intérêt de ce truc! Les rédactrices en chef ne se prennent pas en photo pour leur magazine…
_ C’est un blog! J’ai l’impression que ça me rapproche des lecteurs, des filles que j’ai l’habitude de photographier. Tu sais que j’y tiens, j’ai fait de très belles rencontres et de très beaux échanges…

C’est un concept étranger le blog, dont elle n’est pas responsable, aussi je la laisserais filer sous le soleil à cette journée qui n’évoquait rien, sinon la certitude de la voir ce soir désespérée dans le divan en regardant le résultat de sa séance.
J’ai fermé la porte sur le choix des talons. 
Il ne restait que deux paires quand ma voiture quitta l’allée.

In & Out

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Hier dans la rue j’ai croisé une fille.
Corset et armatures en tout genre, cintrée comme un parapluie, la princesse flottait sur des talons, sous un brushing, montrant à qui le voulait son sac à main, offrant à chacun le regard démuni d’une fin de carnaval.

Hier dans la rue j’ai croisé une fille,
courant sans s’arrêter, filant entre les passants, le corps dans des vêtements qui semblaient faire leur possible pour suivre sa course, même si, tout le monde pouvait l’observer, elle les dépassait de loin.

Hier, dans la rue, j’ai croisé des filles,
manche dans la manche et écouteurs en partage, dodelinant dans leurs collants, ballerines sous lunettes de soleil, sans savoir vers où se dirigeait leur jour.

Hier j’ai vu quelqu’un.
Une fille qui ne cherchait rien et qui filait sans le regard des autres.
Loin d’une Pompadour, à des lieux d’une Sévigné, elle semblait jouir de l’époque où désormais pour être élégante, point besoin de se torturer.
Glissée dans un habit à peine étudié, pas la plus noble des étoffes juste un beau vêtement qui irait parfaitement à la marche et produirait sur tout le corps la décontraction de celles qui n’ont plus à se demander si elles sont ce qu’elles voudraient.

Hier dans la rue je n’ai vu qu’une fille qui semblait se porter elle même sous plusieurs épaisseurs, qui avait peut être même oublié que sur sa personne s’étaient superposées des mailles qui d’habitude dissimulent.

Hier j’ai croisé cette personne, et son style, invisible et fidèle. 
Rien de voyant, sans recherche d’effets, une sortie de penderie instinctive et efficace, attirant irrésistiblement une rétine qui imprime pourtant chaque jour des milliers d’allures à la recherche d’une authenticité de choix, d’une singulière façon d’être.
Pas de sequins, pas d’escarpins, soi en quelques pièces choisies en toute résonance.
Pas de génie créatif mais paradoxalement une réelle originalité, une sensation de bien être et sa belle traduction dans une tenue.

Quand corps et vêtement ne font qu’un je me rassure et me dis que certains au moins respirent comme ils l’entendent, marchent sans y penser, sont comme ils s’habillent.

Qu’est ce que je vais mettre hier?

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Posée sur des marches, comme le nez au milieu de la figure, dans la lumière, intemporels, ils sont là.
Décor immobile, solidement planté dans le sol de la Capitale, séculaire jusque dans le joint des colonnes.
Des choses, oui certaines, traversent le temps avec une apparente décontraction.
Le Louvre est un bien beau jeune homme, bien portant, imposant et impérial. Notre Dame avec son port admirable, le dos bien droit, la tête perchée en haut de la colonne laissant derrière elle traîner sa nef. Le Sacré Cœur, aux grosses joues pâles et populaires souhaitant chaque soir bonne nuit aux Parisiens, et j’en passe…

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Il est des courses qui ne s’arrêtent pas, des marches qui enchaînent depuis des lustres au moins, les pavés du trottoir, des choses qui un temps semblent avoir pris une contre allée, disparues derrière une façade pour reparaître à un carrefour.
Il y a des mailles qu’on enfile et qu’on oublie, des couleurs qui parsèment les rues puis les abandonnent, des talons puis plus rien, des sacs, puis d’autres… 
Il y a eu le cow boy Marlboro, et les années 80, des bandanas ou au moins l’intégrale, jean+chemise.
Il y a eu des trous, des délavages, et on les revoit, les leggings, les Rayban, les chemises à carreaux, les chemises en jeans et pourquoi pas demain les T shirt Best Montana.

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Est-ce un éternel recommencement ou l’aveu d’un manque de créativité?
Warhol, Dali, Picasso, Beckett ont ils reproduit des formes déjà existantes pour tisser leurs œuvres?
Oui, non, oui, un recommencement parfois, pour une tendance, mais pas toujours, des tentatives fructueuses ou pas, mais des pas. En avant, en arrière, une marche toujours hésitante mais pas immobile, le temps passe, la chose est sure et elle se voit, alors marchons encore et voyons ce que ça donne demain…