Self-portrait with a tie

sophie_1

Je suis sorti du lit ce matin, à l’heure, comme chaque matin.
Réveil, soleil pâle à travers les rideaux, eau chaude, bruit d’oiseaux quand se tait la plomberie.
Je me suis rasé comme chaque matin, enfilé chemise, costume, puis cravate et j’ai rejoint le salon et le petit déjeuner.
La radio m’annonçait une température agréable, les toasts faisaient le bruit habituel, rassurant quant à la régularité de la cuisson de mon grille pain.
Le temps de lire le journal, quinze minutes puis du bruit, derrière moi. Impossible de lire convenablement mais que fais tu?
_ Je ne trouve pas ma paire de chaussures, celle que je viens d’acheter!

Elle ne trouve jamais ses chaussures, puis elle les trouve, dans le placard, avec toutes les chaussures.

sophie1

_ Pourquoi es tu aussi pressée, tu as l’air stressée?
_ Mais je te l’ai dit, je vais faire une photo.

Je n’ai pas voulu intégrer cette information malgré le nombre de fois où j’ai pu l’entendre. Je n’ai pas retenu la chose car faire une photo, de soi en plus, pour moi c’est étrange.
_ Je ne comprends pas pourquoi tu vas faire cette photo.
_ Je te l’ai dit cent fois. Je trouve ça bien d’être avec toutes les autres. En plus ça marque le début d’une nouvelle saison, je ne mets jamais de photo de moi…
_ Ben évidemment, c’est toi qui les prends!

Le rapport de cette envie de photo avec le changement de temps m’échappe encore. J’ai interrogé l’égo mais comme je l’attendais il n’a pas répondu, ce n’est pas là que l’affaire se situe. 
J’ai bu mon café, l’ai regardée sautiller entre les vingt paires de chaussures qu’elle avait disposées au milieu du couloir, et l’objectif de cette opération s’est encore évanoui.

_ Je ne vois pas l’intérêt de ce truc! Les rédactrices en chef ne se prennent pas en photo pour leur magazine…
_ C’est un blog! J’ai l’impression que ça me rapproche des lecteurs, des filles que j’ai l’habitude de photographier. Tu sais que j’y tiens, j’ai fait de très belles rencontres et de très beaux échanges…

C’est un concept étranger le blog, dont elle n’est pas responsable, aussi je la laisserais filer sous le soleil à cette journée qui n’évoquait rien, sinon la certitude de la voir ce soir désespérée dans le divan en regardant le résultat de sa séance.
J’ai fermé la porte sur le choix des talons. 
Il ne restait que deux paires quand ma voiture quitta l’allée.