NAST

avril, 2009

Qu’est ce que je vais mettre hier?

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Posée sur des marches, comme le nez au milieu de la figure, dans la lumière, intemporels, ils sont là.
Décor immobile, solidement planté dans le sol de la Capitale, séculaire jusque dans le joint des colonnes.
Des choses, oui certaines, traversent le temps avec une apparente décontraction.
Le Louvre est un bien beau jeune homme, bien portant, imposant et impérial. Notre Dame avec son port admirable, le dos bien droit, la tête perchée en haut de la colonne laissant derrière elle traîner sa nef. Le Sacré Cœur, aux grosses joues pâles et populaires souhaitant chaque soir bonne nuit aux Parisiens, et j’en passe…

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Il est des courses qui ne s’arrêtent pas, des marches qui enchaînent depuis des lustres au moins, les pavés du trottoir, des choses qui un temps semblent avoir pris une contre allée, disparues derrière une façade pour reparaître à un carrefour.
Il y a des mailles qu’on enfile et qu’on oublie, des couleurs qui parsèment les rues puis les abandonnent, des talons puis plus rien, des sacs, puis d’autres… 
Il y a eu le cow boy Marlboro, et les années 80, des bandanas ou au moins l’intégrale, jean+chemise.
Il y a eu des trous, des délavages, et on les revoit, les leggings, les Rayban, les chemises à carreaux, les chemises en jeans et pourquoi pas demain les T shirt Best Montana.

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Est-ce un éternel recommencement ou l’aveu d’un manque de créativité?
Warhol, Dali, Picasso, Beckett ont ils reproduit des formes déjà existantes pour tisser leurs œuvres?
Oui, non, oui, un recommencement parfois, pour une tendance, mais pas toujours, des tentatives fructueuses ou pas, mais des pas. En avant, en arrière, une marche toujours hésitante mais pas immobile, le temps passe, la chose est sure et elle se voit, alors marchons encore et voyons ce que ça donne demain…

Girls, sun, trees and other things

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Prenez de la lumière, un rectangle, une personne et des pierres, des colonnes, de l’herbe, de l’eau, bref un décor et appuyez sur le déclencheur.
Cela pourrait être aussi simple pourtant une photo, c’est un éclat qu’on ne contrôle pas (surtout s’il pleut), un modèle qu’on ne connaît pas forcément (surtout si l’on vient de l’arrêter dans la rue), un décor parfois destroy (« on va attendre que le mec au téléphone sorte de l’arrière plan », « t’es sur pour le graf n–e la police »?)…
Tout cela à peu près maîtrisé, avec une pincée de chance donne parfois un résultat séduisant. 
Et c’est une drôle d’alchimie si l’on finit par juxtaposer à toutes ces conditions le vêtement d’un modèle et sa façon de le porter.

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Il n’y a jamais personne dans ces rues, le soleil frappe toujours au bon coin, la fille est toujours superbe et « oh mon dieu ces bottes »! C’est ce que l’on pourrait se dire en faisant défiler parfois rapidement les clichés si l’on ne savait pas qu’au delà des « tu peux mettre ta main comme ceci? », des « attends, laisse passer la voiture » il n’y avait pas aussi cette dose de magie qui échappe à tout photographe.
Cette intention de l’acteur, ce regard imprévu, cette éclaircie de sens qui va venir envelopper une photo de son charme.
Non tout n’est pas calculé, non tout n’est pas shooté au même endroit, et non on ne leur donne pas toutes rendez vous devant l’objectif.
Il y a des trajectoires, des instants suspendus, des mouvements de grâce et le clic figé d’une beauté qui bientôt ira parader sur les vitrines des blogs ailleurs… Partout où sa force et ce qui s’en dégage ira toucher l’observateur.
Prendre une photo, c’est comme un pari aveugle refermant nos croyances en un hasard heureux, au confluent de tout ce qui nous touche, dans un rectangle un jour, feuilleté par des mains délicates, en quête d’un instant parenthèse avec le charme de ce qu’on voudra bien y trouver.

Alchimie des égéries

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Marquer l’esprit du monde.
Tout d’abord celui d’un homme, d’un créateur, d’un photographe, ou d’une femme, styliste, réalisatrice, puis accéder à la lumière.
Marcher, comme il se doit.
Incarner quelque chose sans avoir rien changé de soi.
Aller comme de tout temps, avec désormais quelque chose en plus. Des yeux, posés sur soi, de plus en plus nombreux. Sur son visage, sur son dos, sur sa voix. Scrutée désormais par des millions, vous êtes devenue une icône.
Le temps passe vite et il faut devenir la représentation d’une image, d’une marque, d’un nom, être l’égérie de… qui pose pour l’objectif de…
De tout temps l’inspiration a trouvé naissance en l’autre, dans son allure, dans son charme, dans son corps.
Il y a des muses, au physique variant selon les tendances de l’époque. Peau très pâle et bronzée, embonpoint et maigreur généralisée, yeux clairs, cheveux longs, fesses, pas de seins, où sommes nous aujourd’hui?
Quel visage nous offre la femme en 2009?
Est elle grande? Est elle Carla Bruni? Est elle Kate Moss ou Monica Belluci?J’avoue que je ne sais pas trop, pour y vivre les yeux trop grand ouverts, ce qui se cache dans le regard de la femme du monde aujourd’hui. Comment se coiffe-t-elle le matin et pourquoi désormais toutes les filles qui s’habillent pour nous sur du papier glacé sont comme ceci ou comme cela?
Anna Karina pour Godard, Jodie Foster pour Scorcese, Scarlett pour Woody, Cruz pour Pedro, où est elle?
Peut être devant mon objectif? Quelque part dans ces pages…?

Old fashion school

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Voilà bien longtemps que je n’ai pas tenté de faire comprendre à ma grand mère pourquoi mon jean neuf était déjà délavé.
Encore plus longtemps que je n’ai essayé de faire comprendre pourquoi ce jean délavé avait aussi un trou.
Aujourd’hui je prends en photo certaines qui déambulent collants troués ou lacérés, arborant des T shirts aux couleurs passées…
En y réfléchissant, je me demande ce qui, au delà de la difficulté qu’avait ma grand mère a comprendre l’effet de cette mode, pouvait me faire baisser les bras à l’idée de justifier ma démarche.
Peut être au fond n’arrivais-je pas à trouver d’explication? 
Peut être au fond ne savais-je pas pourquoi le monde s’arrachait ces jeans lui-même?
Peut être qu’au fond je me disais, c’est cool, je suis jeune, c’est relax, laisse tomber maman tu ne peux pas comprendre.

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Pourtant aujourd’hui je continue, je shoote des délavages et autres déchirures, portés par des filles ou des garçons tout ce qu’il y a de plus entiers en apparence, sans faille en surface.
Exposer des déchirures serait-ce avouer quelque chose? Non, c’est tout simplement suivre une tendance, n’élaborons pas de concepts autour de cela.
Il n’empêche que parfois, dans mes pérégrinations, je tombe sur quelqu’un sur qui l’ère inspirée de la skate touch semble ne jamais avoir eu de prise.
Quelqu’un qui porte comme on doit porter, comme il se doit quoi, et j’en ressens beaucoup d’attirance. Pas de trous, rien ne dépasse, ma chérie te voilà prête, tu peux sortir.
N’est ce pas un peu rebelle d’être so classic aujourd’hui?
Souvenez vous les serre-têtes, les gilets et tout ce qu’on nous mettait sur le dos à l’école quand les mannequins se couchaient déjà dans le pétrole, quand les chaussures ont commencé à gagner en hauteur ou en cuir, quand aux leggings de nos mères (que tout le monde porte aujourd’hui) on répondait par un baggy adolescent…
Je l’aime bien moi cette idée du look, vraiment, quel qu’il soit, et d’autant plus quand ce look, ben il n’est pas là pour prendre la pose, pour renvoyer l’image qu’on voit dans un magazine, mais simplement la sienne.
Derrière le bustier pas forcément toujours les mêmes valeurs, derrière le gilet pas forcément les châteaux du bordelais mais dans ce choix en tout cas, une affirmation, franche, personnelle, qu’on pourrait malheureusement qualifier aujourd’hui d’audacieuse.