Quelqu’un à la fenêtre







Photography by Sophie Arancio

Est-ce que vous êtes comme moi et vous dites parfois, “au fond, je suis une grande flemmarde”?
Et est-ce que comme moi, quand vous regardez vos amis, vous vous dites également, “nous sommes vraiment de grands flemmards”!
Bon, pas tous évidemment mais quand même, en proportion considérable.
Il convient donc d’étudier le phénomène pour pondérer ce constat!
Il m’arrive régulièrement d’accomplir une chose, que je devais faire depuis longtemps puis de souffler et de faire une pause en considérant que c’est normal, et ce quelle que soit l’ampleur de la tâche!
Retrouver un ticket de caisse et “pfffff, tiens je vais me faire un thé”…
Il m’arrive également de considérer que je reprendrai la tâche plus tard (ce qui veut dire “demain”, ce qui veut dire, “à voir, si je n’ai pas d’autres priorités”) quand j’estime que j’en suis venu à sa quasi conclusion, oui parce qu’il s’agit pas non plus d’être efficace non plus!
Il m’arrive enfin de m’endormir en pensant avoir bien travaillé aujourd’hui!
Alors que la journée n’a commencé réellement qu’à 14h, et que globalement, j’ai fait euh…deux trucs dans la journée!
D’un côté j’entends, “on trouve toujours quelque chose à faire”, et de l’autre aussi “qu’est-ce qu’on fait ?”.Comme les enfants désœuvrés qui s’ennuient pour avoir trop de fois joué aux mêmes jeux ou Ana Karina dans Pierrot le fou avec son “Qu’est ce que je peux faire?J’sais pas quoi faire!”…
Disons que la difficulté réside dans l’absence de cadre.
Les cadres eux justement n’ont pas ce problème! A 9h leur quotidien est happé par ce qu’on appelle l’entreprise, à 18h on les relâche, et comme ils ont apporté tangiblement leur contribution à la bonne marche du monde, on leur fait dire que le reste du temps, c’est du temps libre. Tiens voilà un sou, va donc chez Zara!
Mais nous, pauvres indépendants en quête non avouée de (semi) dépendance, on doit se lever sans patron, se mettre des coups de crayon dans les agendas, “allez 14h! ouais 14h ça sonne bien!”, et se dire à 19h: “holala, j’ai pas avancé là dessus je m’étais juré de le faire en deux jours” et y passer la nuit, ou pire: se dire à mesure que le temps passe, que la vie nous a oublié au fond du lit et que la terre tourne encore sans qu’on y soit pour rien du tout!!!
Tellement dur parfois de se dire “allez hop!”…
Tiens et si j’allais faire des photos pour un blog? Et si j’écrivais un article? Et si j’allais voir cette créatrice pour découvrir son travail? Et si au bout du compte tout cela devenait une vraie activité?
Quoi déjà! Mais j’avais pas vu l’heure!!! Je vous laisse, faut que je file!!! Ah oui, par contre hyper pressée ou en retard, toujours, vous y comprenez quelque chose vous?

robe Quail chez Cancan Paris 9ème
Dans les paniers ce week end il y avait des lunettes de soleil, une bouteille d’eau, de la crème solaire selon l’endroit, si, si, et des magazines, je le sais, j’ai vu des ELLE, des VOGUE, des L’OFFICIEL!
Alors!
Bon je ne vous dissuaderai pas de lire la presse, au contraire, mais en feuilletant ce dimanche mon VOGUE, the one, je me suis demandé ce qu’il en était de notre rapport au papier glacé.
On le consomme, c’est certain, on l’arrache parfois, enfin bref, on lit toutes et tous des magazines, du moins je crois.
En ce qui concerne la mode, les choses ont depuis quelques temps changé grâce à internet, mais on n’en est pas encore à l’heure où les blogs dicteront la tendance…
Il est donc question de cela, de l’influence de ces hebdos sur notre dressing.
Est elle véritable?
Le pouvoir de ces titres n’est il pas exagéré, voire légendaire?
Le monde de la mode et ces grands noms de la presse ne connaîtraient ils pas le début d’ une révolution?
Ce qui est sur, c’est qu’on retrouve la tendance dans les pages.
Mais s’inspirent elles de la rue, ou l’inverse?
Les deux répondrez vous!
Oui mais alors, (laissons tomber le secteur de la presse et parlons de nous!!!!) qu’est-ce qui nous empêche de faire preuve de créativité et d’invention?
Pourquoi attendons nous de voir dans un magazine puis partout dans la rue ce jean qu’on dit celui de son mec pour adhérer à l’idée?
Parce qu’avec des looks, quelques articles beauté, des histoires de couple et deux quizzes (qu’on fait parfois , OK), on ne va pas me dire qu’on trouve de quoi se nourrir pour la semaine dans toute cette presse…
Alors le week end prochain, j’aimerais voir plus d’audace, et je m’inclus dans le défi, et moins de magazines dans les sacs! Parce que “elle”, ça s’écrit avant tout, sans majuscules…

Certaines ont dit un jour en ouvrant grand les yeux, une princesse!
Une autre a répondu “Docteur” et papa a souri.
Celle-ci dit simplement qu’elle voulait soigner les animaux, personne n’en dit rien mais tout le monde trouva cela un peu faible.
La petite d’à côté sortit qu’elle voulait être pompier et sa mère l’emmena illico chez la psychologue scolaire.

Quand j’étais enfant, je n’ai pas souvenir d’avoir dit un jour “je veux faire ça”, ou quelque chose du genre.
J’ai fait des choses, mal; d’autres comme ça, en haussant les épaules quand ça marchait, j’ai titubé pendant que mon corps semblait vouloir m’emmenait dans le jardin, je suis tombée quelquefois et aujourd’hui, devant mon ordinateur portable à tenter de savoir d’où je tombe comme ça.
Puis-je savoir si hier j’ai voulu être ici aujourd’hui?
J’ai parfois l’impression que les jours défilent comme une série d’amnésies qui se donneraient la main.
Je n’ai pas voulu être photographe, ni styliste, ni maquilleuse, je n’ai pas voulu faire de blog, quant à la mode!

Mais bizarrement à mesure que mes pas m’ont guidée au fil du temps, sur ma peau et dans mes cheveux, à mes lacets et dans mon sac, toutes ces choses se sont glissées. J’ai affirmé ma démarche sans m’en rendre compte, sans vouloir donner à mon corps telle allure mais petit à petit, toutes ces petites choses, ces pola faits au hasard de vacances en Italie, cette année là où j’ai couru les fripes ou celle encore où en feuilletant des magazines je me suis dit que je me sentirais bien chez elles, toutes ces choses semblent m’avoir prise par la main pour m’amener comme de petits esprits dans une réalité toute nouvelle et peu commune, celle où je partage ma vie entre un objectif et un clavier, entre des visages et des silhouettes éphémères, des jours où des mots, des rides, des sourires, où les autres construisent ce que je serai demain.

Tout le monde s’habille et tout le monde écrit.
Pourtant tout le monde ne s’habille pas.
“Je fais au plus simple, j’aime pas perdre de temps”, “Oh, toutes ces femmes qui suivent la mode”, “je trouve indécent de dépenser autant pour un bout de tissu”.
De la même manière tout le monde n’écrit pas.
“Madame, Monsieur”, “G pa lten”, “Je vous prie de bien vouloir…”.
Chercher dans le vêtement une perspective autre que celle de s’habiller ou de vouloir défiler n’est pas chose superficielle.
Le goût, certain, et l’attention, pour repérer le mauvais.
La lecture, des allures, l’œil, pour passer en détail les courbes, le style.
Il y a dans le fait d’aimer la mode, vraiment, quelque chose de l’ordre de la recherche du beau.

Remercier un auteur dans ses pensées une fois le livre terminé, ou passer du temps pour trouver la tournure qui tombera le mieux, c’est un peu partir voir autre chose que ce qu’on enfile machinalement sans y penser.
On lit beaucoup, trop et mal, comme on s’habille.
Sans y penser, sans y prêter l’attention que le travail d’un auteur mérite, sans voir que pour que tombe ainsi le pli parfait, il a fallu d’abord en penser la matière.
Debout au dessus du patron, il a fallu un jour se dire sans qu’on l’ait prémédité que cette idée, une fois aboutie serait séduisante.
Puis on a brossé au hasard les premières lignes, emprunté au parfum d’un passage qu’on avait déjà lu, cette fameuse scène où, puis tout prit forme, finalement.
Aujourd’hui je voulais prendre le temps d’écrire peu, une chose peu utile, mais dans une maille serrée, avec des doigts appliqués pour que cela nous colle au corps. Que l’on ait chaud d’être aussi proches un instant, en pensant au texte de nos rêves, celui qu’on aimerait offrir pour le voir porté dans son allure.