Eclaircie suspendue

Au hasard des rues, j’entends parfois par la porte ouverte d’un disquaire ou comme un air qui s’échappe des étages, quelques notes, une mélodie, du piano ou de la guitare, un orchestre, manouche ou du jazz, Mahler ou Nina Simone et je me dis que j’aurais aimé être musicienne.
Tu fais quoi dans la vie? Je suis musicienne, je joue d’un instrument, je joue!
Enfant je pensais que la vie serait un peu comme une course à travers champ.
1, 2, 3, allez Sophie, le plus vite possible, et des herbes hautes, plus hautes que ma tête, et la possibilité d’aller dans tous les sens sans voir à plus d’un mètre, quelle importance?
Ça devait ressembler à ça normalement. Les grands ils faisaient pareil au fond, ils allaient dans une direction, ils choisissaient une voie, parfois ils se trompaient, ils faisaient marche arrière, mais à les regarder, les doigts pleins de pissenlits, des épis dans les cheveux, la vie semblait plutôt fun.

Comment se fait-il alors qu’aujourd’hui je crois avoir négligé une direction dans ma course. Serais je sortie du champ, ou pire y serais-je encore et viendrais-je de me rendre compte qu’on ne peut pas aller comme bon nous semble vers les arbres ou le soleil?
J’aurais voulu être musicienne, sans y avoir peut être jamais pensé avant aujourd’hui, j’aurais voulu avoir à faire cet après midi avec un instrument.
Je vois bien qu’elle le sait elle, qui marche sans rien dire, celle-ci, qui rentre dans une boutique. Tiens, elle ressort, ben oui je suis toujours là, je n’ai pas bougée, je n’ai pas de raison de bouger, je voulais faire de la musique et voilà que je vous regarde à présent, devant cette boutique, jolie robe en tout cas. Moi je fais des photos, ah oui tiens, les photos j’aime ça, quand j’étais petite je me disais parfois que j’aimerais faire de la photo, vous jouez d’un instrument? Non, ce n’est pas grave après tout, je peux faire une photo de vous?