Sur le fil

Tout le monde s’habille et tout le monde écrit.
Pourtant tout le monde ne s’habille pas.
« Je fais au plus simple, j’aime pas perdre de temps », « Oh, toutes ces femmes qui suivent la mode », « je trouve indécent de dépenser autant pour un bout de tissu ».
De la même manière tout le monde n’écrit pas.
« Madame, Monsieur », « G pa lten », « Je vous prie de bien vouloir… ».
Chercher dans le vêtement une perspective autre que celle de s’habiller ou de vouloir défiler n’est pas chose superficielle.
Le goût, certain, et l’attention, pour repérer le mauvais.
La lecture, des allures, l’œil, pour passer en détail les courbes, le style.
Il y a dans le fait d’aimer la mode, vraiment, quelque chose de l’ordre de la recherche du beau.

Remercier un auteur dans ses pensées une fois le livre terminé, ou passer du temps pour trouver la tournure qui tombera le mieux, c’est un peu partir voir autre chose que ce qu’on enfile machinalement sans y penser.
On lit beaucoup, trop et mal, comme on s’habille.
Sans y penser, sans y prêter l’attention que le travail d’un auteur mérite, sans voir que pour que tombe ainsi le pli parfait, il a fallu d’abord en penser la matière.
Debout au dessus du patron, il a fallu un jour se dire sans qu’on l’ait prémédité que cette idée, une fois aboutie serait séduisante.
Puis on a brossé au hasard les premières lignes, emprunté au parfum d’un passage qu’on avait déjà lu, cette fameuse scène où, puis tout prit forme, finalement.
Aujourd’hui je voulais prendre le temps d’écrire peu, une chose peu utile, mais dans une maille serrée, avec des doigts appliqués pour que cela nous colle au corps. Que l’on ait chaud d’être aussi proches un instant, en pensant au texte de nos rêves, celui qu’on aimerait offrir pour le voir porté dans son allure.