NAST

mai, 2009

Sur le fil

aisling

Tout le monde s’habille et tout le monde écrit.
Pourtant tout le monde ne s’habille pas. 
« Je fais au plus simple, j’aime pas perdre de temps », « Oh, toutes ces femmes qui suivent la mode », « je trouve indécent de dépenser autant pour un bout de tissu ».
De la même manière tout le monde n’écrit pas. 
« Madame, Monsieur », « G pa lten », « Je vous prie de bien vouloir… ».
Chercher dans le vêtement une perspective autre que celle de s’habiller ou de vouloir défiler n’est pas chose superficielle.
Le goût, certain, et l’attention, pour repérer le mauvais.
La lecture, des allures, l’œil, pour passer en détail les courbes, le style.
Il y a dans le fait d’aimer la mode, vraiment, quelque chose de l’ordre de la recherche du beau.

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Remercier un auteur dans ses pensées une fois le livre terminé, ou passer du temps pour trouver la tournure qui tombera le mieux, c’est un peu partir voir autre chose que ce qu’on enfile machinalement sans y penser.
On lit beaucoup, trop et mal, comme on s’habille.
Sans y penser, sans y prêter l’attention que le travail d’un auteur mérite, sans voir que pour que tombe ainsi le pli parfait, il a fallu d’abord en penser la matière.
Debout au dessus du patron, il a fallu un jour se dire sans qu’on l’ait prémédité que cette idée, une fois aboutie serait séduisante.
Puis on a brossé au hasard les premières lignes, emprunté au parfum d’un passage qu’on avait déjà lu, cette fameuse scène où, puis tout prit forme, finalement.
Aujourd’hui je voulais prendre le temps d’écrire peu, une chose peu utile, mais dans une maille serrée, avec des doigts appliqués pour que cela nous colle au corps. Que l’on ait chaud d’être aussi proches un instant, en pensant au texte de nos rêves, celui qu’on aimerait offrir pour le voir porté dans son allure.

Restart

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Il y a des sons du soir et des sons du matin. Un truc qui fout de bonne humeur au lever, un truc tranquille pour les soirs de semaine, plus acidulé pour entrer dans le week end et so cosy pour le dimanche.
Ce matin où Paris rembobine et repart pour une semaine, pourrait-on faire l’inverse? Oublier les refrains à la con qui nous font sourire sous la douche et partir sur une mélodie plus en accord avec nos bâillements de quais de métro.
Sortons marcher sur le trottoir, aujourd’hui on ira à pied, Yesterday Tomorrows dans le casque des Tindersticks, une musique de tous les temps, vintage mais parfaite pour un traveling de la maison au boulot.
Des maquillages trop, ou à peu près, des cheveux pas tout à fait peignés, le pas pressé de ceux qui depuis l’aurore ont l’œil ouvert, un jogger, des pieds qui trainent sous des yeux qui piquent, surtout.

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Pas encore de talons, ils ne sortent pas avant 10h, des ballerines, du sweat, sur une musique de soir donc, dans les rues de la Capitale.
On pourrait se dire que ce matin on n’arrivera pas. On pourrait couper la boucle, s’arrêter là, laisser défiler les escalators et déserter les stations en souterrain… Nous n’irions plus nulle part…
Avec une musique de soir dans la lumière pâle de ce lundi, on serait habillés avec soin, on n’aurait qu’à marcher jusqu’à ce qu’on en ait marre, vers 10 heures, on s’arrêterait pour reprendre un petit déjeuner et réfléchir où nous irions déjeuner, au soleil pour une fois depuis des mois, ce serait bien…
On se retrouve où, tous? 
On connaît le petit truc à l’angle qui fait de bonnes salades, je prendrai un plat du jour pour glisser jusqu’aux lunettes de soleil quand les heures de l’après midi couleront dans nos tasses à café.
La semaine redémarre, en souplesse… Laissons la faire?

Lisa

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Tout dépend du moment, sans but précis, quelque chose d’éphémère, ce sont des mots qu’on retrouve sur la voix de Lisa.
Je l’avais croisé dans une rue, en une fin d’après midi, comme une surprise sur le chemin du retour chez soi, sans une photo ni un espoir, mais ce jour là, Lisa!

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Apparition tout droit sortie d’un film italien, figure Fellinienne ou diva aux éléphants, Lisa porte tout, ce qui lui plaît.
Et ce qu’elle aime vous le voyez, c’est ce qui résonne dans la première partie du vingtième siècle. Lisa, c’est le vêtement comme si le monde avait suivi son cours… 

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Elle parle de Belle Epoque, ce qu’on dit pour se rappeler le bon temps d’avant la guerre et ce n’est pas un hasard. La sortie des conflits mondiaux et la révolution post 60′s n’ont pas fait de cadeau à la garde robe des papas et mamans de l’époque…
Envie d’aller de l’avant dans ces époques, plus tolérée cette robe qu’on mettait « avant que », « du temps où » ! Non, il faut alors reconstruire, raccourcir une jupe et s’affranchir de l’oppression parfois dévorante de l’apparence pour les femmes, conquérir l’égalité, le droit de souffler peut être simplement. Lisa elle, semble vouloir nous faire revivre cette époque où composer avec soin sa tenue pour sortir de chez soi prenait un peu de temps mais représentait le minimum, pour une femme et après tout, dans un sens, un jeu plutôt amusant. 

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La mode, après chacun des grands conflits du siècle passé, a pris un sacré coup de jeune ont dit certains. On passait de l’immobilisme à la fraîcheur de la créativité, on osait alors, un vent de folie soufflait sur ce qui y croyait, à savoir tout le monde.
Aujourd’hui on semble avoir oublié ces tenues qui rime par erreur avec Dimanche, ces accessoires au reflets surannés, ces voiles ou ces chapeaux mais qu’avons nous gagné? 

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Un peu plus de temps? Ce après quoi les vingt dernières années ont toutes couru… Le droit de descendre dans la rue sans se soucier de ce que pensera la voisine, ou le fait de pouvoir porter déchiré, délavé? De piquer les pantalons de notre ancien mari à moustaches devenus boyfriend barbu de près? Et si dans cet élan a vouloir oublier que ça a pété et penser à l’avenir on n’avait pas laissé en chemin quelques trucs? Est-ce qu’en 1920 Mamie t’a pas voulu faire ta jeune et passer à autre chose un peu vite? Est ce qu’en 1950 t’as voulu sortir maman? Et est-ce qu’en 70 t’as voulu des jeans pour courir plus vite loin des parents?

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Heureusement, Lisa elle, a remonté sereinement au milieu des gaz lacrymo le fil du temps pour ramasser une broche. 
Comme une gravure, un brin romantique, Baudelairienne installée dans le New York des années 20, Lisa a pris un peu de cette mélancolie que seule atténue la beauté des choses, semble s’être enveloppée dans ces lignes de Virginia Woolf, sombres et lumineuses, au plus près de ce qu’un vêtement peut faire d’une femme.

(Re)Création

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J’ai photographié du jean, des vestes, des tissus lacérés, des talons, des lunettes de soleil, du plastique, et devinez quoi? Dans chacune des photos que j’ai pu en faire, j’ai toujours trouvé un « quelque chose qui me rappelle ».
La mode ne se renouvelle pas et personne ne s’en rend compte??? Non! Impossible! Trop d’yeux tournées sur elle, trop de mains attentives aux coutures, trop d’étoffes assemblées, la mode ne peut pas nous duper. Chaque année elle semble battre à nouveau, d’un nouveau cœur, pas tout à fait celui qu’on attendait, un peu moins que l’an dernier ou à un rythme renversant!
Que faire alors de ce « quelque chose qui me rappelle »?
J’ai bien tenté de le faire sortir du cadre, mais dans un col, sur des manches, dans la boucle d’une ceinture ou dans la forme d’un sac, je le retrouve sans cesse.
On ne va pas me dire maintenant que « mode » et « création » sont ensemble pour donner le change mais font chambre à part?

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Quand on parle de création ne voit-on pas une page blanche, un chevalet qui attend son modèle ou un monolithe son sculpteur? Pourquoi alors imprimerait-on sur la page des courbes déjà vues, un trait bien connu ou une silhouette croisée par tous?
On repense alors à ce qu’ils ont fait, ceux de qui on attend du nouveau, et dans les toiles, sur la pellicule, dans la pierre, on retrouve ce qu’ils ont croisé, ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils ont rêvé.

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La page qui fait face à tout artiste, cette surface à occuper, n’est donc pas blanche au départ, mais déjà bien griffonnée, raturée, soulignée, par tout ce qu’il a été, ce qui va modeler les traits qui eux resteront.
Glissons alors la mode dans cette spirale. Pourquoi oublier ce motif, cette matière?
Ne pas refaire la même chose non, mais emprunter, un peu à son enfance, à ce que portait l’infante sur ce tableau, à la couleur de l’eau, au parfum de ma mère et à ce que j’aimerais porter cet été…
Coups de ciseaux dans la mémoire, couture parfaite à fleur d’idées, la mode va piocher ça et là, sur une épaule et au voisin, ce qui fut dit hier pour composer ce qu’on portera demain.