NAST MAGAZINE

mai, 2009

Eclaircie suspendue

lisa1

Au hasard des rues, j’entends parfois par la porte ouverte d’un disquaire ou comme un air qui s’échappe des étages, quelques notes, une mélodie, du piano ou de la guitare, un orchestre, manouche ou du jazz, Mahler ou Nina Simone et je me dis que j’aurais aimé être musicienne.
Tu fais quoi dans la vie? Je suis musicienne, je joue d’un instrument, je joue!
Enfant je pensais que la vie serait un peu comme une course à travers champ.
1, 2, 3, allez Sophie, le plus vite possible, et des herbes hautes, plus hautes que ma tête, et la possibilité d’aller dans tous les sens sans voir à plus d’un mètre, quelle importance?
Ça devait ressembler à ça normalement. Les grands ils faisaient pareil au fond, ils allaient dans une direction, ils choisissaient une voie, parfois ils se trompaient, ils faisaient marche arrière, mais à les regarder, les doigts pleins de pissenlits, des épis dans les cheveux, la vie semblait plutôt fun.

lisa_2

Comment se fait-il alors qu’aujourd’hui je crois avoir négligé une direction dans ma course. Serais je sortie du champ, ou pire y serais-je encore et viendrais-je de me rendre compte qu’on ne peut pas aller comme bon nous semble vers les arbres ou le soleil?
J’aurais voulu être musicienne, sans y avoir peut être jamais pensé avant aujourd’hui, j’aurais voulu avoir à faire cet après midi avec un instrument.
Je vois bien qu’elle le sait elle, qui marche sans rien dire, celle-ci, qui rentre dans une boutique. Tiens, elle ressort, ben oui je suis toujours là, je n’ai pas bougée, je n’ai pas de raison de bouger, je voulais faire de la musique et voilà que je vous regarde à présent, devant cette boutique, jolie robe en tout cas. Moi je fais des photos, ah oui tiens, les photos j’aime ça, quand j’étais petite je me disais parfois que j’aimerais faire de la photo, vous jouez d’un instrument? Non, ce n’est pas grave après tout, je peux faire une photo de vous?

Tomorrow we’ll see

victoria

Un lundi sans post c’est un peu comme une boîte de chaussures vide.
On la retrouve un jour au fond d’un placard, on tape l’adresse toute excitée à l’idée de redécouvrir une chose à laquelle on tenait et on ne trouve rien.
Exit cette sublime paires de talons, exit la nouvelle photo et le nouveau texte, il n’y a qu’un constat, celui sans appel d’une défaite immobile.
Car il aurait pu ne rien y avoir. 
Pensez donc, trouver page blanche ou pire trouver l’ancienne, celle qu’on a déjà lue, celle qui malgré l’émoi qu’elle avait suscité ne fait plus naître en nous que cette impression d’une chose depuis vidée de son charme.

victoria2

Revenir sur ses pas c’est toujours au fond vouloir retrouver la première fois.
Chaque jour un post et demain donc la promesse de retrouver, comme on l’aime, une nouvelle première fois.
Première bouffée de cigarette chuchote-t-on sur l’épaule des costumes, premier tremblement entend-on sur les balançoires, première larme écrit-on sur les murs.
On eut pu ne rien voir aujourd’hui, croire que rien ne repartirait, peut être ne pas rouvrir les yeux, ou du moins taper trois fois w et être déçu: la fenêtre d’en face, ce même papier peint et à midi cette femme qui se mettra à cuisiner.
Alors vite hâtons les lignes, caressons la photo, fermons la fenêtre, peut être faut-il courir vite à demain pour garder un peu de ce qu’aujourd’hui nous a donné.