(Re)Création

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J’ai photographié du jean, des vestes, des tissus lacérés, des talons, des lunettes de soleil, du plastique, et devinez quoi? Dans chacune des photos que j’ai pu en faire, j’ai toujours trouvé un « quelque chose qui me rappelle ».
La mode ne se renouvelle pas et personne ne s’en rend compte??? Non! Impossible! Trop d’yeux tournées sur elle, trop de mains attentives aux coutures, trop d’étoffes assemblées, la mode ne peut pas nous duper. Chaque année elle semble battre à nouveau, d’un nouveau cÅ“ur, pas tout à fait celui qu’on attendait, un peu moins que l’an dernier ou à un rythme renversant!
Que faire alors de ce « quelque chose qui me rappelle »?
J’ai bien tenté de le faire sortir du cadre, mais dans un col, sur des manches, dans la boucle d’une ceinture ou dans la forme d’un sac, je le retrouve sans cesse.
On ne va pas me dire maintenant que « mode » et « création » sont ensemble pour donner le change mais font chambre à part?

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Quand on parle de création ne voit-on pas une page blanche, un chevalet qui attend son modèle ou un monolithe son sculpteur? Pourquoi alors imprimerait-on sur la page des courbes déjà vues, un trait bien connu ou une silhouette croisée par tous?
On repense alors à ce qu’ils ont fait, ceux de qui on attend du nouveau, et dans les toiles, sur la pellicule, dans la pierre, on retrouve ce qu’ils ont croisé, ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils ont rêvé.

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La page qui fait face à tout artiste, cette surface à occuper, n’est donc pas blanche au départ, mais déjà bien griffonnée, raturée, soulignée, par tout ce qu’il a été, ce qui va modeler les traits qui eux resteront.
Glissons alors la mode dans cette spirale. Pourquoi oublier ce motif, cette matière?
Ne pas refaire la même chose non, mais emprunter, un peu à son enfance, à ce que portait l’infante sur ce tableau, à la couleur de l’eau, au parfum de ma mère et à ce que j’aimerais porter cet été…
Coups de ciseaux dans la mémoire, couture parfaite à fleur d’idées, la mode va piocher ça et là, sur une épaule et au voisin, ce qui fut dit hier pour composer ce qu’on portera demain.