Jardin d’hiver

Verts sous serre, romantisme d’hiver, Louise sera le visage et l’allure d’Eple & Melk pour la collection prochaine.





Photography by Sophie Arancio

Verts sous serre, romantisme d’hiver, Louise sera le visage et l’allure d’Eple & Melk pour la collection prochaine.






La lumière s’ouvre parfois en un endroit comme nulle part ailleurs.
Dans l’eau, du vent, il y a cette année qui se termine dans l’été qui nous allège et nous réchauffe, comme pour nous rassurer, non, il ne nous abandonnera pas. Il y aura encore des orages, des automnes et bien pire, du froid, des laines et des obstacles mais toujours après, invariablement, comme les cigales sortent mystérieusement de terre le 13 juin en cet endroit, il y aura toujours un temps pour se retrouver soi, à l’abri, dans la lumière.
Et curieusement après les courses de cette année, après le gel aux Tuileries, la neige de la Place des Vosges, le doute et la peur de se réveiller sur des jours de nuit, après avoir superposé les épaisseurs, juré qu’il fallait mettre de la couleur, pensé qu’il nous fallait absolument ces talons, on arrive dans cette lumière avec l’envie de laisser tout derrière soi.
Comme si elle revenait d’un lieu de vérité nous dire que depuis qu’on s’abîme, depuis ce froid, depuis Paris, depuis la pluie, depuis les latte nous, n’attendions au fond que cette pause pour se retrouver.
Comme si, dans nos traits de crayon, dans nos rendez vous, nos Ipod et sur la 1, on ne faisait que crier en soi, “qu’il me tarde de sortir de ça”. Qu’il nous tarde de pouvoir enfin choisir de partir, d’être seule, un peu, comme on le veut, pour regarder en face ce temps qui n’était pas à la pause.

Cette lumière d’eau, finissant, partant derrière une ligne pour nous assurer de son retour nous dit dans son bonsoir qu’il était temps qu’on la regarde enfin. Pas pour ce qu’elle est mais pour nous. Pour un instant respirer un peu de ce qui compte, un peu de ce qu’on emportera toujours, un peu de ce vent, un peu de cette mer, un peu de ces visages qu’on a croisés rapidement dans la course, un peu de ceux qui nous attendent quand reprendra la danse…
Car elle reprendra, et c’est cela qui nous fait tant apprécier la parenthèse dorée qui s’offre à nous, quand on oublie de se demander ce qu’il faut qu’on porte mais qu’on s’interroge sur l’ailleurs où il faut qu’on parte.
Quelque part où “téléphone” n’est qu’un mot de scrabble, où les jours commencent sans nous attendre et nous accueillent sans ironie, sans culpabilité, où cette lumière encore nous prend dès le lever dans sa bienveillance pour nous déposer à la fin d’un jour dans les rayons de la nuit.
Chaque jour finissant en imprime sur l’iris un de moins au compteur de notre ailleurs, et l’idée qu’il faudra bien rentrer vient souligner, à mesure que le temps passe, l’or de ces temps.
Il fallait partir, être là ou en tout cas, quelque part en dehors de tout pour s’entendre enfin.

“En gros il suffit d’être beau!
Enfin si t’es beau, tu peux poser sinon ben c’est pas pour toi!”.
Beau? Euh… C’est à dire?
S’il suffisait d’être comme ceci ou comme cela pour faire la couv’, ça se saurait!
Peut être pour ça aussi que les mannequins, les belles et les beaux, ceux qui tiennent le haut de l’affiche énervent et attisent parfois les jalousies.
“Moi aussi si j’avais sa tête, je me mettrai devant un objectif et voilà!”…
Alors c’est dégueulasse qu’il y ait des Kate ou des Scarlett, et qu’elles fassent des couvertures.
Oui mais non ai je envie de répondre, sans trop faire d’effort sur la forme!
Ce n’est pas parce qu’elle est sublime, ni parce qu’il a un sourire à tomber qu’ils posent, enfin si, mais pas que!
Je suis pas très claire aujourd’hui, enfin vous voyez…

Il ne suffit pas de correspondre, poser c’est du boulot!!!
Trouver la posture c’est une difficulté. Essayez vous de trouver en deux secondes l’attitude qui vous va bien. Pas celle que vous faites sur les photos de soirée, celle dont vous êtes sur que “ouah, vous pourriez poser pour une marque de fringues!”… Pas facile hein. Il faut se connaître donc, son corps, oui connaître son corps, et en prendre soin. Comme un chanteur prendrait soin de sa gorge, les mannequins surveillent leur corps…
Quand cela est acquis, et c’est déjà beaucoup, il faut savoir se comporter face à l’objectif, se concentrer, rester dans une intention, comprendre très rapidement ce que veut un photographe. Pas une histoire de main sur la hanche ou de visage tourné par là, ça on y arrive, non il faut arriver à rentrer dans une ambiance, à incarner l’esprit de la série. Paraître et donc le temps d’un cliché être, autre.
Une fois que tout cela est ok, là on est déja nombreux à ne plus concourir, faut se démener pour être vu(e), courir les castings, se faire jeter à droite, applaudir à gauche, s’écrouler en fin de journée et avoir une sérieuse dose de motivation pour le lendemain!
Quand vous êtes sur de pouvoir faire tout ça, (y a encore quelqu’un ?), il vous reste à trouver un premier photographe pour vous prendre en photo, à en faire des bonnes, à courir les agences, à passer des nuits blanches avant les castings, à faire des journées à rallonge et vous savez quoi, ne vous plaignez pas ça déforme votre bouche, vous êtes mannequin, on n’abîme pas son image! Souriez…
Alors à ceux qui pourraient croire que mannequin, “ben c’est simple, ils viennent devant l’objectif et clac!”,
ben non, pas “clac”!

t-shirt Seneca Rising et pantalon Quail chez Cancan Paris 9ème
On s’est enveloppé comme jamais, drapé comme dans nulle autre étoffe, réchauffé comme dans aucune lumière.
Il en est une infinité, et un seul, ils sont profonds, superficiels.
On l’a vu le jour qui serre encore le cœur et derrière les paupières closes d’une première nuit.
Le noir c’est l’oubli du lendemain, la fin des formes et le début de la lueur.
Il y a des noirs qui tranchent, des qui dessinent, des qui affinent, du qui toujours souligne d’élégance.
Une femme a été lui, et comme elle sa couleur est restée complexe. Pas triste non, changeante, avec le sourire de l’esprit et des traits malins, cachés dans la pénombre.
Le noir refuge, où les corps se plient pour terrer leur peine ou entendre le silence, le noir qui effraie, qui remonte la couette sous le nez des enfants sachant bien que quelqu’un se cache dans l’invisible.
Du noir de souvenirs parfois, quand s’est effacé un nom, et ces vacances, oui ça s’efface, et c’est du noir entre deux séquences, avant que la lumière se rallume sur le temps qui passe.
Le noir de ce col portant tes joues et l’arête de ton nez, ce noir des yeux…

Ce noir duquel un jour tout a jailli, duquel un corps est sorti, par le rai filtrant à travers le rideau.
Des noirs autant que de matières, qui s’enfoncent en eux mêmes, qui nous happent, des noirs de sieste, de longs après midi où le goût en tout a disparu, ou glissant, satinés, des noirs de soirée aux rires maitrisés, des soirs à sensations où le noir vous va si bien.
Le noir des vingt ans, le noir des non et le noir des adieux, ce noir qui nous effraie autant qu’il nous attire, ce noir qui dans son unité rassure.
Percé de lumière, ou l’entourant pourquoi pas, qui lie, qui donne des lignes ou permet d’en tracer, le noir comme une évidence depuis qu’il est. Tout a été et reviendra lui.
Du noir de toute façon nous n’y échapperons pas, pour cela qu’il a tant de visages, qu’il faut l’aimer, l’éviter, y aller, y revenir, le connaître, le dominer, ce noir des touches, en bémol ou comme un truc en plus.
Du noir évidemment!

“C’est comme faire du vélo…”
J’y suis allé avec cette phrase en tête.
Après tout j’en croise deux cent par jour, y a un panier pour mes petites affaires, il fait beau, et j’ai déjà fait du vélo. Là où certains disent “je sais faire du vélo quand même”, certaines comme moi, disent “j’ai déjà fait du vélo”, différence remarquable.
Bref, allons y, ne pas se sous estimer!
Repérer une borne, ok. Oui bon ben j’attends, “allez y”… Des amis allemands! Et qui ne comprennent pas le français… Première phase, sourire compréhensif, “non non allez y, c’est normal vous n’êtes pas d’ici”.
Tic tac tic tac… Deuxième phase? “Vous avez besoin d’aide?”. Réponse d’orgueil masculin: Gunter ne veut pas perdre la face devant ses enfants et me renvoie derrière, il y a arrivera tout seul! Vexée, je saute direct à la troisième phase sans attendre une minute: ppppfffffff! Là, ils ont entendu que je m’impatientais et “gggggrrrrr” fait Gunter en rembarquant toute sa ptite famille vers la bouche de métro.
My turn, à nous deux mon vélib!

Abonnement courte durée, Pass Navigo? Euh… Je veux pas m’abonner moi. En même temps, j’ai pas de Navigo, bon soit, va pour la courte durée, j’aime bien le concept.
La carte bleue, allons y… Quoi! “150 euros! -Non mais c’est pour la caution madame!
-Mademoiselle! Je l’ai dit tout fort le 150 euros? -Oui. -Non mais je trouve ça un peu cher comme ballade. -Non mais ils ne vous le débiteront pas. -Excuse moi je suis tendue, c’est idiot je n’ai fait de velib’ -Vous avez déjà fait du vélo? -Oui j’imagine que les deux se ressemblent, je vous remercie…”
(Gunter pardon, c’est pas évident ce truc là)
Enfin le jeune aidant, j’ai pu après obtention de codes appuyer triomphalement sur le dévérouillage. Merci à toi mon ami pour m’avoir évité de prendre le seul vélo dont une roue était crevée. “Faut toujours vérifier les roues, les freins et la lumière… Oui bon, merci bien…”
A l’attaque. Ca y est, retour à l’enfance où je pédalais sur le chemin qui… Ah! Ca y est je me souviens, je faisais du vélo… en pantalons! Non mais ça va pas du tout là, je peux pas pédaler en jupe.
Qu’est-ce qu’il a celui là, il a jamais vu Janny Longo?
Non franchement c’est pas jouable cette affaire.
Je suis pas en baskets (pour une fois!), je suis en jupe et mine de rien rivoli, c’est un faux plat!
Je vais le déposer là, j’ai capté le truc y a une borne! “Oui ben je te coupe la route mais je dois déposer mon vélo! Et moi aussi je peux klaxonner! Enfin je peux sonner si je veux! Comment ça je suis ridicule?”
Ah téléphone… “Oui ben deux minutes, je peux pas conduire et répondre! Ok, ok, je traverse…”
“-Madame, s’il vous plaît! -Oh un uniforme! -Vous venez de franchir une ligne continue! -Ah non je dépose mon vélib! -Oui mais vous avez coupé la circulation et vous avez pris des risques”.
Je crois que je vais prendre la 1….