L’impossibilité d’une île

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Partir sur un bout de terre, de l’eau et des nuages courant sur la ligne d’horizon.
Partir ailleurs tout simplement pour toujours, en ce qui me concerne, regarder davantage d’où je viens et où je reviendrai.
Voir en somme comme on nous parle, là bas.
Y a-t-il ce sous ce tropique plus de sourire et de bienveillance?
Où est Paris quand sur la plage en T shirt à 22 heures on boit une bière sans penser davantage.
Où sont ces contraintes, quand en voyage, on ne songe qu’au goût des choses?
Partir c’est rompre une course qui, plus on la reproduit plus on la vide de sa saveur.
C’est tout accueillir comme une nouveauté, et constater que chez soi, on ne songe pas assez à ce que nous sommes, ce qui nous entoure, ce que l’on y fait.

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Aller là bas c’est revenir résolument attentive, le plus longtemps possible pour retrouver ses jours, leur rythme, leurs visages, avec l’envie d’en faire aussi une découverte.
Une île c’est comme un bilan impossible, une soudaine abstraction sur fond de sable blanc, une pause battue par le vent chaud.
L’île ce n’est pas se laisser derrière soi et être libre, c’est disparaître, regarder au fond de l’eau ce qui depuis la dernière escale a modelé notre corps, notre démarche, notre silhouette. Une île c’est voir dans le lointain ceux à qui l’on tient, ce que l’on aime, ce qu’on aura plaisir à revoir tel qu’on l’a laissé.
No man’s land, parenthèse, rien ici ne rattache, on pourrait filer ainsi, sans retour, mais pourtant tout nous pousse à repartir.
L’île est un tombeau ou une escale, une marque sur le trajet qui donne un sens à nos perspectives. La mienne s’appelait Maurice il y a encore une semaine, il y avait des gens, aimables, un temps qu’on ne voit pas ici en ce moment, un silence qu’une foule n’aurait pu abattre, un plaisir de savoir qu’on reviendrait, avec envie. Bon lundi!