Diana Vreeland

Cela fait un moment qu’on voulait écrire un article à propos du documentaire sur Diana Vreeland : « The Eye Has To Travel », mais faute d’illustration, on avait fini par laisser tomber. C’était sans compter sur ce livre que nous venons de découvrir.
Au fil de ces pages donc: l’allure, selon Diana Vreeland.

Comme il est justement rappelé dans la préface signée Marc Jacobs « une collection d’images, c’est comme une collection de vêtements, c’est une vision ». Et Diana Vreeland était une visionnaire.
Des images de l’époque qui l’inspira tant, les années folles, côtoient ses photos de mode qui s’en sont nourries. Un superbe moodboard en quelque sorte!

Pour ce qui est du film, avant de le voir, on connaissait peu le personnage et on avait plus en tête la figure de la rédactrice en chef qu’elle inspira dans Polly Magoo. On a alors découvert la vie de la première véritable rédactrice mode qui a imposé chez Harpers Bazaar puis surtout au Vogue anglais sa vision de la femme, de la mode et plus largement de l’époque.

Visionnaire, c’est elle qui a sorti le magazine féminin de la recette de la tarte aux pommes ou des règles a suivre pour être une bonne épouse. Avec elle sont nés les éditos, les séries mode shootées au quatre coin du monde, avec elle sont nés les Twiggy, Lauren Hutton et les Avedon, bref, c’est elle qui a fait passer le magazine de mode dans une nouvelle ère.
Les lectrices n’étaient plus là pour être des ménagères mais pour assumer leur identité, défauts compris avec une surdose de glamour.

Vreeland, c’est la mère d’Anna Wintour, d’Anna DelloRusso, de Carine Roitfeld, c’est elle qui a inventé le pouvoir de la rédactrice faisant la pluie et le beau temps sur le monde des créateurs. Elle aussi qui a supposé le devoir de ces prêtresses de se nourrir de tout pour insuffler dans leurs pages l’air de leur époque et surtout de la suivante. Car il ne s’agit pas de se cacher derrière ses lunettes sur les front row pour faire respecter sa parole. Arriver jusque-là est un parcours invraisemblable, y rester tout en se renouvelant, un vrai défi.
Prendre des risques, trancher, avoir un temps d’avance, toujours, Vreeland le dit: « il faut donner aux gens ce qu’ils attendent sans le savoir ».

Mais on est tout de même, il faut le dire, sortis de la salle avec une petite amertume. On repense à ces histoires inventées par Vreeland sur son compte, pour donner de l’ampleur à son propre personnage, aux moyens exorbitants qui lui étaient donnés pour assouvir sa vision, on a quand même dû ajouter au génie, en filigrane, le pouvoir du dollar.
On repense alors à ce jour qui la fit entrer dans la mode. Quand toute de Chanel vêtue, sans avoir jamais « rien fait » de ses dix doigts, on lui proposa d’intégrer la rédaction du Harpers, parce qu’on sentait qu’elle avait du goût et une certaine idée du style. On se réfugie alors dans l’image d’une Vreeland travailleuse qui imposa sa légitimité et on fait face à une réalité: elle avait du goût et une vraie idée du style! Hommage et admiration alors même si, force est de l’admettre, si Diana Vreeland est un mythe, elle ne l’est pas devenue par hasard…